Butrint
Dans l'Énéide, quand Énée aborde les côtes de l'Épire en fuyant Troie, il trouve un petit royaume gouverné par Hélénos, devin troy...
Mis à jour le 9 juillet 2026
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Le récit
L'histoire de Butrint
Des origines illyriennes à la cité grecque
Le site fut habité dès l'âge du bronze par les Chaoniens, une branche des Illyriens installée sur la côte épirote. Entre le VIIIe et le VIIe siècle av. J.-C., l'établissement entra en contact avec les colons grecs de Corcyre, l'actuelle Corfou, qui y introduisirent cultes, alphabet et formes urbaines helléniques, sans toutefois jamais en faire une véritable colonie grecque au sens strict. Le nom de Bouthrôtos, selon une étymologie populaire antique, ferait allusion au sacrifice d'un bœuf lors de la fondation, mais une racine illyrienne adaptée au grec reste plus probable. Entre le IVe et le IIIe siècle av. J.-C., la cité se dota des puissantes murailles polygonales qui ceignent encore aujourd'hui la colline, du théâtre et du sanctuaire dédié à Asclépios, dieu de la médecine, qui en fit pendant des siècles un lieu de pèlerinage et de guérison.
Buthrotum, colonie romaine
Au Ier siècle av. J.-C., Rome porta sur Butrint un intérêt stratégique, la ville se trouvant juste en face de Corfou et le long des routes vers la Grèce. Jules César projeta d'y installer des vétérans en colonie, un plan auquel s'opposa son ami Atticus, propriétaire de terres dans la région, craignant une dévalorisation de ses biens ; ce fut ensuite Auguste, après la victoire d'Actium, qui fonda la Colonia Iulia Buthrotum, la peuplant de vétérans de ses légions. La ville romaine s'enrichit d'un forum, de thermes, d'un aqueduc et d'un nymphée, tandis que l'ancien sanctuaire d'Asclépios continuait de fonctionner à côté des nouvelles architectures impériales. Les inscriptions retrouvées sur place, notamment celles enregistrant l'affranchissement d'esclaves lié au culte du dieu, offrent un aperçu vivant de la société citadine à l'époque romaine.
Byzance, les pillages et le lent déclin
Avec la division de l'empire, Butrint entra dans l'orbite byzantine et connut un nouvel essor entre le Ve et le VIe siècle, lorsque la ville se dota d'une grande basilique chrétienne et du célèbre baptistère avec ses mosaïques de pavement. Les fortifications furent rénovées sous Justinien, mais la fin du VIe siècle apporta instabilité, tremblements de terre et un envasement progressif de la zone lagunaire qui allait marquer le destin du site pour les siècles suivants. En 1081, la ville fut pillée par les Normands lors de la campagne de Robert Guiscard contre Byzance, et dans les décennies suivantes elle changea plusieurs fois de mains entre le despotat d'Épire, Byzance et les puissances angevines, tandis que l'agglomération se rétrécissait progressivement vers l'acropole fortifiée.
La domination vénitienne et l'abandon
Dès 1386, et plus durablement à partir du XVe siècle, Butrint passa sous le contrôle de la République de Venise, qui en fit un avant-poste défensif mineur par rapport à Corfou, mais tout de même gardé : de cette période datent le renforcement du château sur l'acropole et la construction, sur la rive opposée du chenal, de la forteresse triangulaire contrôlant le trafic vers la mer. Entre occupations ottomanes alternées et retours vénitiens, la ville perdit progressivement en poids démographique, la malaria se répandant elle aussi avec l'expansion des marais environnants. À la fin du XVIIIe siècle, avec la chute de la Sérénissime, la zone était désormais presque inhabitée, réduite à une poignée de ruines englouties par la végétation et l'eau, au point que pendant plus d'un siècle le site ne survécut que dans la mémoire historiographique.
La redécouverte archéologique et l'UNESCO
Les ruines revinrent au jour à partir de 1928, lorsque l'archéologue italien Luigi Maria Ugolini lança une mission de fouilles systématiques pour le compte du gouvernement italien, mettant en quelques années au jour le théâtre, le baptistère et ses mosaïques, ainsi que les portes monumentales des murailles, dont celle qui prit le nom du célèbre relief du Lion. Après la Seconde Guerre mondiale, les fouilles se poursuivirent sous la direction d'archéologues albanais, dans un travail qui s'est étendu sur des décennies et a progressivement élargi la zone explorée jusqu'au chenal et à la forteresse triangulaire. En 1992, l'UNESCO a inscrit Butrint sur la Liste du patrimoine mondial, en reconnaissant sa stratification unique ; depuis les années 1990, la Butrint Foundation britannique accompagne les institutions albanaises dans la conservation, aboutissant en 2000 à la création du Parc national de Butrint.
Le site archéologique et le théâtre antique
Le parcours de visite se déroule le long d'une boucle qui traverse presque toutes les époques de la ville en succession, avec le théâtre gréco-romain comme premier grand point de repère : creusé dans la colline à côté du sanctuaire d'Asclépios au IIIe siècle av. J.-C. et agrandi à l'époque romaine, il pouvait accueillir quelques milliers de spectateurs et servait aussi bien aux représentations qu'aux cérémonies liées au culte guérisseur. Les gradins de pierre, encore bien lisibles, donnent sur ce qui était le cœur religieux et civique de la ville antique, avec les vestiges du temple et les portiques du sanctuaire à quelques pas. Les inscriptions gravées sur les blocs du théâtre, qui enregistrent des actes d'affranchissement d'esclaves en l'honneur d'Asclépios, comptent parmi les sources les plus précieuses pour reconstituer la vie quotidienne de la Bouthrôtos hellénistique.
Le baptistère paléochrétien et ses mosaïques
Un peu au-delà du théâtre s'élève le baptistère, édifice circulaire du VIe siècle qui constitue probablement le témoignage le plus étonnant du site : il conserve en son centre un pavement en mosaïque parmi les mieux conservés des Balkans, avec des cercles concentriques peuplés de paons, de canards, de corbeilles de fruits, de dauphins et de motifs géométriques réalisés avec des tesselles polychromes d'une grande finesse. Pour les protéger de l'exposition solaire et de l'humidité, les mosaïques restent généralement recouvertes d'une couche de sable et ne sont dévoilées qu'à l'occasion d'événements spéciaux ou sur demande auprès du personnel du parc, mais même ainsi, l'architecture circulaire, rythmée par deux rangées de colonnes, traduit clairement la richesse atteinte par la communauté chrétienne de Butrint à une époque de transition entre le monde antique et le haut Moyen Âge.
La forteresse vénitienne et le musée de l'acropole
En montant vers le sommet de la colline, on atteint l'acropole, occupée depuis l'Antiquité et fortifiée à plusieurs reprises jusqu'à devenir, à l'époque vénitienne puis ottomane, un petit château contrôlant le chenal en contrebas. L'édifice, restauré au XXe siècle, abrite aujourd'hui le musée de Butrint, qui rassemble les découvertes les plus significatives des fouilles : statues, inscriptions, céramiques et matériaux retraçant les phases illyrienne, grecque, romaine et byzantine de la ville. Depuis ses terrasses, la vue embrasse tout le chenal de Vivari jusqu'à la forteresse triangulaire sur la rive opposée et, par temps clair, la silhouette de Corfou à l'horizon : un point d'observation qui aide à lire la géographie défensive du site mieux qu'aucun plan.
Le Lion de Butrint et les murailles cyclopéennes
Les fortifications de la ville basse, construites en gros blocs polygonaux à partir du IVe siècle av. J.-C. et plusieurs fois remaniées à l'époque romaine et byzantine, comptent parmi les mieux conservées du monde grec d'Occident et peuvent être suivies presque intégralement en marchant le long du périmètre du site. Sur le parcours s'ouvre la Porte du Lion, qui doit son nom à un relief hellénistique représentant un lion en train de mordre la tête d'un taureau, encastré dans l'enceinte comme image apotropaïque et de pouvoir. Retrouvé lors des fouilles d'Ugolini, le relief est devenu une sorte d'emblème du site, aujourd'hui exposé dans le parcours muséal, tandis qu'une copie reste sur la porte pour marquer l'emplacement d'origine.
Le chenal de Vivari, le lac et la nature du parc
Les ruines de Butrint s'élèvent sur une langue de terre resserrée entre le lac homonyme, un bassin d'eau saumâtre alimenté par des sources karstiques, et le chenal de Vivari, qui le relie au détroit de Corfou après un parcours de deux kilomètres environ, presque plat. L'ensemble de la zone, aujourd'hui Parc national, est une zone humide d'importance internationale : roselières, forêts riveraines et étendues de maquis méditerranéen abritent une faune riche, des foulques aux hérons, des cormorans aux loutres, tandis que les eaux du chenal restent historiquement un couloir de pêche et de trafic fluvial. Se promener le long de ses berges, hors de l'enceinte archéologique proprement dite, reste l'une des façons les plus directes de comprendre pourquoi les Anciens ont choisi précisément ce point pour fonder une ville.
Les moules de Butrint
Les eaux calmes et riches en nutriments du chenal de Vivari sont depuis des générations un élevage naturel de moules, cultivées sur de longues rangées de cordes et de pieux visibles en naviguant ou en se promenant le long de la rive. La mytiliculture de Butrint est une activité traditionnelle de la région de Saranda, qui approvisionne les restaurants de la côte et est également exportée vers l'Italie grâce à la proximité géographique des Pouilles. Goûter les moules grillées, en sauce ou simplement à la vapeur dans l'un des établissements donnant sur le chenal, peut-être juste après la visite du site archéologique, est devenu l'une des expériences les plus caractéristiques liées à Butrint, tout autant que les ruines elles-mêmes.
Comment visiter le site : billets, temps nécessaire et combinaisons
Le parc archéologique est ouvert tous les jours, avec des horaires plus étendus en saison estivale ; l'entrée est payante avec un billet unique qui comprend tout le parcours, du théâtre au musée de l'acropole, ainsi qu'un parking gardé séparé près de la billetterie. Pour une visite complète et sans hâte, il faut compter au moins deux heures et demie, qui deviennent trois si l'on souhaite aussi consacrer du temps au tronçon naturaliste le long du chenal. Butrint se combine naturellement avec une excursion depuis Saranda, distante d'environ 18 kilomètres le long de la SH81, ou avec un séjour à Ksamil, encore plus proche : de nombreux visiteurs arrivent aussi à la journée depuis le versant grec, le ferry passagers depuis Corfou débarquant à Saranda en moins d'une heure.
Quand y aller
Le printemps, entre avril et juin, et le début de l'automne, entre septembre et début octobre, sont les meilleures périodes pour visiter Butrint : les températures restent agréables pour marcher longtemps parmi les ruines, et la végétation du parc est à son maximum de verdure, avec une présence d'oiseaux migrateurs plus facile à observer le long du lac. En plein été, la chaleur humide de la zone lagunaire peut rendre la visite plus fatigante aux heures centrales, et il vaut mieux se déplacer tôt le matin ou en fin d'après-midi, en évitant aussi l'affluence des groupes organisés qui arrivent à la journée depuis les ferries de Corfou. L'hiver, plus pluvieux, réduit les horaires d'ouverture mais offre un site presque désert à qui recherche le silence.
- Parcourir tout le périmètre des murailles polygonales, de la Porte du Lion à la Porte Scée
- S'asseoir sur les gradins du théâtre gréco-romain à côté du sanctuaire d'Asclépios
- Observer le pavement en mosaïque du baptistère paléochrétien, quand il est visible
- Monter à l'acropole pour le musée et le panorama sur le chenal de Vivari et sur Corfou
- Traverser en bateau ou longer à pied le chenal jusqu'à la forteresse triangulaire vénitienne
- S'arrêter dans un restaurant sur l'eau pour goûter les moules élevées dans le chenal
- Continuer jusqu'à Ksamil pour la mer, à quelques minutes en voiture du parc
FAQ
Come si arriva a Butrinto?
Quanto tempo serve per la visita?
Dove si parcheggia?
Si può visitare con bambini?
Conviene abbinare Butrinto a Ksamil o Saranda?
I mosaici del battistero si vedono sempre?
Comment y arriver
- Aeroporto Internazionale di Tirana "Madre Teresa" (TIA), circa 280 km e 4-5 ore d'auto a nord
- Aeroporto di Corfù "Ioannis Kapodistrias" (Grecia), raggiungibile con il traghetto passeggeri Corfù-Saranda (circa 30-75 minuti di navigazione) e poi circa 25 minuti d'auto fino a Butrinto
- Da Saranda si segue la SH81 verso sud in direzione Ksamil per circa 18 km fino all'ingresso ben segnalato del parco archeologico; la strada è asfaltata e scorrevole, con parcheggio custodito vicino alla biglietteria.
- Arrivate poco dopo l'apertura o nel tardo pomeriggio per evitare la calura di mezzogiorno e i gruppi che sbarcano dai traghetti di Corfù, particolarmente numerosi a metà giornata.
Parfait pour
Duemilacinquecento anni di stratificazioni in un unico perimetro: teatro greco, foro romano, basilica bizantina e fortezza veneziana si susseguono in poche centinaia di metri.
Il parco nazionale che circonda le rovine è zona umida di rilevanza internazionale, con canneti, boschi ripariali e una fauna acquatica ricca, dalle folaghe alle lontre.
La cucina locale ruota attorno ai mitili allevati nel canale di Vivari, cucinati alla griglia o in guazzetto nei ristoranti affacciati sull'acqua.
A pochi minuti d'auto, le isole di Ksamil regalano acque turchesi e spiagge di sabbia fine, il contrappunto balneare naturale dopo la visita al sito.
Il canale di Corfù, visibile dal parco, ricorda come Butrinto sia stata per secoli soglia tra mondo greco e mondo albanese, la stessa acqua che oggi collegano un traghetto di poco più di mezz'ora.
À voir